Société

Jones Bellanger, le juge Bellanger!

Léogâne, Haïti - 27 mai 2026 Jones Bellanger, le juge Bellanger Pour les incrédules qui croient que le précipice dans lequel Haïti s'engouffre a des limites, je leur réponds qu'ils se trompent énormément. La nature vient de le prouver encore une fois. C'est ce qu'elle nous apprend avec le départ du juge Bellanger. Haïti enterre aujourd'hui un fils dont il n'a plus les moyens de s'offrir à l'avenir. Jones aimait profondément. C'est la première chose que je dirai de lui. Il aimait Haïti. Il aimait sa famille. Il aimait ses compatriotes. Et ce qui me frappait le plus chez lui, c'est qu'il n'a jamais été trop dur envers eux, même devant leurs bêtises, leurs fautes, leurs erreurs. Même devant leur insouciance, leur ignorance, leur arrogance. Il regardait tout cela, et pourtant il ne condamnait pas. Il avait cette sagesse authentique, discrète, qu'il n'a jamais vraiment revendiquée — celle d'un grand intellectuel autodidacte, qui s'était construit seul, par la lecture, la curiosité et l'exigence silencieuse qu'il avait envers lui-même. Il comprenait l'humain avant de le juger. C'est peut-être pour cela qu'on l'appelait « le juge Bellanger » — non pas pour sa sévérité, mais pour son sens inné de la justice et de la mesure. Nous partagions les blagues, le sarcasme sur le pays, sur les politiciens, ces longues conversations sur Haïti où l'on désespérait sans jamais vraiment baisser les bras. Lui, c'était un éternel optimiste. Il croyait que les choses pouvaient changer. Il me l'a dit tant de fois. Ces dernières années, il m'avait finalement confié qu'il se rendait à l'évidence. Qu'il ne verrait peut-être pas le changement qu'il avait désiré toute sa vie. Il l'a dit avec une lucidité douce, sans amertume. C'était lui. Nous avions un projet ensemble, resté inachevé. Cette dernière année, j'ai écrit un chapitre qui lui est consacré dans mon premier roman. Quand je lui ai dit le titre— il m'a répondu : « C'est intéressant, j'ai hâte de le lire. » Pas plus tard que l'a semaine dernière, il me disait la même chose. Au fond de lui, il savait déjà ce que ces lignes disaient. Il savait. Notre dernière sortie, c'était les montagnes de Trouin. Là où reposent déjà son fils aîné Guyto et sa fille Maude. Là où il reposera bientôt. Il me taquinait, comme il aimait le faire : « Mwen pa t' panse ou te anfòm konsa non. Mwen te pè ou wi. Ou pa janm mande kanpe sou wout non, jouk ou rive. » Sans mentionner qu'il avait lui aussi fait ces nombreux kilomètres à pieds sous le soleil, sans se fatiguer, du haut de presque ses 90 ans. C'était notre manière à nous de nous dire les choses. Tu vas me manquer, Jones. Merci pour tous ces beaux moments. Merci pour Carline, pour Kristina, pour Angela. Repose en paix, « juge Bellanger ». Tu as bien jugé la vie : avec le cœur. Ton fils ????

Culture

Pari réussi pour la Foire gastro-artisanale de la JEDF37 : un triomphe culturel et communautaire à Fontamara

La cour de l’Église de Dieu de Fontamara 37 (EDF37) a fait le plein le week-end dernier. Du 16 au 18 mai, une ambiance festive, vibrante et profondément chaleureuse a envahi le quartier à l’occasion de la grande foire artisanale organisée par les jeunes dynamiques de la Jeunesse de l’Église de Dieu de Fontamara 37 (JEDF37). Placé sous le thème inspirant et rassembleur : « Kreyativite n se fyète n : ann kore pwodiksyon lokal », ce rendez-vous incontournable a rassemblé des centaines de visiteurs. Curieux, passionnés de culture et familles sont venus en foule pour découvrir, encourager et célébrer les talents cachés et les saveurs authentiques de chez nous. Pendant trois jours consécutifs, l’espace ecclésiastique s’est métamorphosé en un grand marché à ciel ouvert. L’atmosphère était dominée par des notes de musique entraînantes, tandis que l’odeur des plats typiques de la gastronomie haïtienne flattait les papilles des participants. Entre les tables de nourriture et les étalages colorés de produits d’artisanat, l’événement a offert une vitrine exceptionnelle au savoir-faire local. Cette activité d’envergure a été une véritable réussite collective, rendue possible grâce à l’appui stratégique de l’UNITRANSFER et à la solidarité des églises voisines de la commune de Carrefour, dont les délégations ont massivement fait le déplacement pour soutenir la jeunesse de Fontamara. Sur place, le sourire était sur tous les visages, témoignant du soulagement et de la satisfaction générale. Les exposants, en particulier, rayonnaient de joie collective. Ils ont trouvé là une occasion rare de proposer leurs créations originales à un public curieux, bienveillant et enthousiaste. Plusieurs produits étaient au rendez-vous durant ces trois jours, pour ne citer que : chocolat, café, akasan, wayal, pain patate, pain de maïs, mayi bouyi, pouding de cassave, kremas, mamba, canne à sucre, assiettes de fruits, diri ak lalo, tonmtonm, fresko, chiktay, shop tissus, riz et légumes, ragoût, yaroa, acamil, picapollo, pizza, boulettes, fritay, ji blennde, gamme de produits capillaires, artisanat en crochet, jus de fruits, et bien d’autres encore. « Pour nous, c’était une grande possibilité de montrer ce que nous savons faire de nos mains et de prouver que notre jeunesse a de la ressource », raconte Cynthia, une jeune artisane qui tenait une table de crochet très convoitée. Les visiteurs, venus souvent en famille, ont particulièrement apprécié l’accueil et la bonne gestion de l’espace. La sécurité et l’ordre étaient d’ailleurs bien assurés par les jeunes brigadiers et lumières du bataillon Robert Mathurin, dont le professionnalisme a été applaudi par tous. « Je suis venue avec mon mari et nous avons passé un moment formidable en toute tranquillité, loin du stress », témoigne avec fierté la mère du vice-président de la JEDF37. « C’est une excellente initiative pour animer la zone, valoriser nos jeunes et recréer du lien social dans notre quartier. » L’événement a aussi été marqué par des échanges enrichissants. Le deuxième jour, les participants ont beaucoup appris grâce aux conseils de Madame Marie Carmelle ALIOT, invitée pour l’occasion. En parallèle, les prestations artistiques en direct et la présence de plusieurs autres mouvements de jeunes ont maintenu un niveau d’énergie élevé et une ambiance incroyable tout au long du week-end. En fermant ses portes le 18 mai, jour symbolique de la fête du Drapeau et de l’Université, l’équipe organisatrice de la JEDF37 et les dirigeants de l’église ont exprimé leur immense joie et un profond sentiment de devoir accompli. Ce succès retentissant laisse une empreinte positive durable et donne déjà envie à toute la communauté de Carrefour et de Fontamara de se retrouver pour une prochaine édition. Les organisateurs se disent déjà prêts à relever le défi à nouveau, toujours déterminés à faire briller la culture, l’artisanat et la richesse gastronomique de notre pays. Roosevelt Louis, Étudiant finissant en communication sociale, FASCH-UEH

Chronique

Chronique de la traversée (4)

Non, non, ce n'est pas possible. Cette phrase trotte dans ma tête durant tout le trajet, ce matin. Ce n'est pas possible d'avoir aussi peur de la traversée après tous ces mois d'expérience. Finalement, je conclus que l'on ne peut en aucun cas s'habituer au chaos. Notre chaos à nous est tellement flexible. L'habitude requiert du temps. Notre chaos change à tout bout de champ. Une pente fatale. Ici, on donne chair et os à l'expression « de mal en pis ». Aujourd'hui, ça va mal. Demain, ça empire. Non, non, ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible d'être aussi minable, aussi dévastateur. Ce matin, à proximité de Samba Arena, j'ai cru pendant plusieurs minutes être le sujet d'une expérience métaleptique. Ils ont eu l'excès de haine nécessaire pour tout piller, écrabouiller, brûler sur leur passage. Même les morts n'ont pas été épargnés. Le « Rest in Peace » n'a plus sa place ici. Les cimetières sont devenus des théâtres de guerre. On aura besoin d'imaginations fertiles pour créer d'autres lieux de recueillement. Non, non, ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible de villipender avec autant d'acharnement le centre psychiatrique Mars & Kline, témoin de plus de cinquante années de souffrance psychique, de discrimination et de résilience. Que dire de la Faculté d'Odontologie, de la Faculté de Médecine (fraîchement rénovée), de la Faculté de Droit et des Sciences économiques, de la Faculté des Sciences humaines, mon alma mater ? Non, ce n'est pas possible d'infliger cela à un peuple. Ce n'est pas possible de contraindre plus d'un million de personnes à fuir leur maison, leur quartier, pour aller s'entasser dans des camps de déplacés dans des conditions d'insalubrité extrêmes. Je connais un site où plus de vingt personnes font semblant de dormir depuis plus de cinq cents nuits de suite sur des escaliers. Dans ces conditions, pléthore de femmes et de filles se prostituent pour des miettes. Des garçons se prostituent également. Ah, le peuple ! Il est pourchassé par les GA, rejeté par l'État et compté par les ONG. Ce ne sont plus des êtres humains avec une identité propre. Ce sont des numéros, des chiffres. Ayant très peur, ce matin, j'avais tenté une conversation avec le motocycliste. D'habitude, ces chauffeurs sont très volubiles. En un rien de temps, ils peuvent te narrer des dizaines d'histoires, les unes plus débiles que les autres. Souvent, je n'entends que dalle, mais je réponds par des « O, sa w di m la... tèt chaje... monchè... mh ». Ce matin, le type ne me répond que par des monosyllabes. Moi : Brother, eta sa nèg yo fè vil la ? Lui : hunm Un char arrive en face de nous. Je panique à la vue de ces soldats... Moi : Yow... li p ap tire sou nou ? Lui : Poze w non piti... Il me répond avec un brin d'agacement dans la voix. "Piti oui", il me dit. Mon orgueil de trente-trois ans a pris un sacré coup. Lui : (Pour réparer ses dégâts, il se met à parler) Se chak jou wi moun ap pran bal nan blòk la.. chofè moto, machann pwomenen, ti malerèz. Kot bal pèdi ta pral pèdi jekwazandye l pou al ateri nan tèt moun sesi sela yo (poétique dis-je, decrescendo). Mwen menm se jou m wè m konte. Dayè m tou di moun lakay mwen si m mouri se fèt pou yo fè pou mwen. Je pense au même moment à ce poème de Carl Brouard : [...] Quand j’aurai claqué, mes chers copains, ne pleurez pas, n’écrivez point de plaintives élégies, surtout, ne faites pas de vers In Memoriam. Mais que ma tombe vous soit une taverne où l’on chante, où l’on se saoule, et que le rythme mystique et sensuel d’une méringue me berce dans ce moelleux hamac qu’est le néant. [...] Le chauffeur débite un flot de paroles. Il semble avoir envie de pleurer. Je n'entends rien. Quand on a peur, il est difficile d'être empathique. Il faut que l'on crée des espaces de parole dans le pays. Il y a beaucoup de bombes émotionnelles qu'il faut désamorcer au plus vite...

Dévéloppement personnel

De l’indifférence à la différence : plus de 250 participants sensibilisés pour agir

Carrefour, 7 mai 2026 — L’écrivain et conférencier Sony Lamarre Joseph a réuni plus de 250 participants, majoritairement des jeunes, lors d’une conférence tenue le vendredi 1er mai 2026 au Centre culturel Emmanuel Charlemagne, à Carrefour. Placée sous le thème « De l’indifférence à la différence : pour ne plus être spectateur, mais acteur du changement », cette rencontre s'articulait autour de la communication, le leadership et l’entrepreneuriat. L’animation de l’activité a été assurée par le journaliste Jean-Wenter Jerome de Radio Lumière et Kotchyse Queeny Baptichon, cadre de banque en Haïti. Plusieurs intervenants ont pris la parole aux côtés de Sony Lamarre Joseph afin de motiver les participants à persévérer dans leurs efforts. Parmi eux figuraient notamment Donald Codio, dirigeant de l’Organisation Chrétienne Eau Esprit et Vie (OCEEV), qui a abordé les structures associatives et le développement personnel ; Isaac Louis sur la manière de faire face aux défis ; Djoossie Elandina Labonté a partagé des techniques pour s’imposer et inspirer en tant que jeune entrepreneur ; sans oublier Barbara Marcelin Masséna, forte de plus de vingt ans de carrière, qui a insisté sur l’importance de la fidélisation à travers un service à la clientèle de qualité. Au cours de son intervention, Sony Lamarre Joseph a mis en avant une approche de la réussite fondée sur « 5 R », qu’il considère comme essentiels pour impacter et faire la différence : Le Rêve à caresser, les Responsabilités à assumer, la Résilience pour surmonter les obstacles, le Respect de soi et des autres dans le processus de construction personnelle et le Réseautage pour bien s’entourer. L’événement a également été marqué par une forte dimension artistique. De jeunes talents, tels que Anne-Carleb Lhérisson, qui a interprété "Mèsi lavi" de Émeline Michel, Zesschany Sokaina Isidor, avec Un peu plus haut, un peu plus loin de Ginette Reno, Nora Colomin qui a interprété "Se kiyès", ainsi que le groupe FEMMEUSE, ont offert des prestations remarquables. Au-delà de la motivation, la conférence a aussi été ponctuée de surprises et de remises de prix. Fidèle à sa promesse, Sony Lamarre Joseph, avec son équipe, a procédé à un tirage au sort permettant de distribuer un montant de 30 000 gourdes. Kettia Paul a remporté 12 500 gourdes, le pasteur Samuel Alexis 10 000 gourdes, tandis que Stéphora Policard est repartie avec 7 500 gourdes. Plusieurs jeunes et leaders communautaires ayant pris part à l’événement ont exprimé leur satisfaction au micro des journalistes, mettant en avant les enseignements tirés et les bénéfices concrets de cette initiative. Par ailleurs, Sony Lamarre Joseph a été honoré pour son engagement au sein de la communauté, notamment en faveur du développement des jeunes, dont beaucoup le considèrent comme un mentor. Des représentantes de Rha’r Event et de Unité School lui ont remis, après l'exécution d'une musique instrumentale jouée par un saxophoniste, une gerbe de fleurs ainsi qu’un tableau avec son portrait. L’événement a également enregistré la présence de plusieurs personnalités, dont le Dr Fresnel Occeus, Mme Viayola Jeune, le Révérend Samuel Alexis, Mme Alexandra Léomas, M. Ricardo Cambronne et le Révérend Jean Saïdel Saintil, témoignant de l’importance de cette rencontre. À travers cette initiative, Sony Lamarre Joseph affirme vouloir insuffler une nouvelle dynamique chez les jeunes haïtiens en les encourageant à devenir de véritables acteurs de transformation au sein de leurs communautés. Jean Wenter Jérôme

Dévéloppement personnel

"De l’indifférence à la différence" : Sony Lamarre Joseph prône l’action et l’impact à Carrefour

Carrefour, 20 avril 2026 — L’écrivain et conférencier Sony Lamarre Joseph s’apprête à organiser une grande conférence autour du thème « *De l’indifférence à la différence : pour ne plus être spectateur, mais acteur du changement* ». L’événement se tiendra le 1er mai prochain à 15 heures, au Centre culturel Emmanuel Charlemagne, situé à Thor 12, à Carrefour. Axée sur la motivation personnelle, l'entrepreneuriat, le leadership et la communication, cette rencontre ambitionne de mobiliser les participants, notamment les jeunes, en vue de mieux jouer leurs rôles au sein de leurs communautés. Au micro de la salle des nouvelles de Radio Lumière, l'initiateur de cette activité, Sony Lamarre Joseph a indiqué que plusieurs intervenants modèles et inspirants prendront la parole dans le cadre de cette conférence d'impact pour un partage d'expériences. On peut citer Isaac Louis, responsable de Coucou Pâté, Donald Codio, président de l’Organisation Chrétienne Eau Esprit et Vie (OCEEV), Dwinny Belval du Centre de leadership et d’innovation (LEAD), Djoossie Elandina Labonté, responsable de Impact Network, ainsi que Barbara Marcelin Masséna, cadre de la banque en Haïti. Le journaliste Jean-Wenter Jerome de Radio Lumière et Kotchyse Queeny Baptichon, cadre bancaire en Haïti, assureront l’animation. L’événement promet également une dimension artistique avec la participation de jeunes talents tels que Anne-Carleb Lhérisson, Zess et Nora. Le groupe FEMMEUSE apportera aussi une touche spéciale à cette rencontre. Selon Sony Lamarre Joseph, cette conférence s’inscrit dans la continuité de celle organisée le 24 août 2025 à l’occasion de son anniversaire, autour du thème « *Jeunes, vous pouvez briller* ». Cette précédente initiative avait suscité un réel engouement, incitant plusieurs jeunes à lancer leurs propres projets et à s’engager dans des actions concrètes pour leur avenir. Avec ce nouveau rendez-vous, le conférencier souhaite amener les participants, en particulier les jeunes, à abandonner la posture de spectateur passif pour devenir de véritables acteurs du changement dans leur sphère d'activité. Par ailleurs, l’auteur met en avant une approche de réussite basée sur les « 5 R » — essentiels selon lui pour impacter et faire la différence: Rêve : une étape conceptuelle, souvent invisible aux yeux des autres ; Responsabilité : assumer ses choix sans chercher d’excuses ni de prétextes ; Résilience: surmonter les obstacles avec endurance et détermination ; Respect: de soi et des autres dans le processus de construction de sa marque ; Réseautage: savoir bien s’entourer pour progresser efficacement. À travers cette initiative, Sony Lamarre Joseph entend insuffler une nouvelle dynamique chez les jeunes haïtiens et les encourager à devenir des moteurs de transformation au sein de la société. Jean-Wenter JEROME _Journaliste à Radio Lumière_ _Étudiant en communication sociale à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH/UEH)_ _Étudiant en sciences de l'éducation à l'Université Lumière de Carrefour_

Chronique

Chronique de la traversée (3)

J'ai toujours eu beaucoup de mal à me lever pour aller au boulot. Paresse ? Un peu. Je l'avoue. L'une de mes activités préférées : passer une soirée à picoler et faire la grasse matinée le jour suivant. Mais ces jours-ci, c'est surtout la traversée qui m'effraie. De Carrefour au centre-ville, plus de six (6) VAR à affronter. On n'est sûr de rien. On s'attend au pire. Tirs à hauteur d'homme. Balles perdues. Je me rappelle d'un petit texte que j'avais écrit pour exprimer cette idée. Pòtoprens chak tèt se pwen aterisaj bal Leta fè kado pou jwenn san pou wouze laj li. On marche en regardant le ciel afin de ne pas être surpris par un drone. C'est monnaie courante ces temps-ci. Des drones tuant à longueur de journée les civils qui ont le malheur d'être pauvres (pour reprendre Lyonel Trouillot). "On fait la traque aux bandits. Dans la réalité, ce ne sont pas les bandits qui meurent. En tout cas, pas les chefs. Des civils qui ont le malheur d'être pauvres" (Lyonel Trouillot : source Ayibopost). Heureusement, je ne suis pas le seul à devoir passer chaque jour par ce sentier infernal. On se sent rassuré quand d'autres personnes partagent son épreuve. Ici, on se serre les coudes dans le malheur. Des milliers de mères et de pères bravent ce danger tous les jours afin que leurs enfants ne crèvent pas de faim. De véritables héroïnes et héros. Souvent, ils sont obligés de faire la route à pied, à l'aller et au retour. Parfois, ils y laissent leur peau. Leurs corps donnés en pâture aux chiens. Je n'arrive pas encore à trouver le bon rituel pour traverser avec moins de stress. Ce matin, j'ai essayé le slam. Abd al Malik, mon slameur fétiche. Circule petit Circule Parce que sinon Tu resteras petit Même quand tu seras grand... Je me suis senti plus motivé que calmé. Je m'impose des échéances que je vais remettre à plus tard une fois la tempête calmée. Je suis le plus grand procrastinateur de tous les temps, tout juste devant mon ami Tiadòch. À deux, nous formons le binôme le plus paresseux du monde. L'adrénaline au paroxysme, je coupe les écouteurs. Pour faire passer le temps, je me suis mis à observer tout ce qui bouge à travers les vitres. Des cabrits maigrichons disputent une branche de cocotier sèche. Famine, criai-je à haute voix à mon insu. Devant ma stupéfaction, ma voisine rétorque : "Tu es jeune ! (J'ai 33 ans bien comptés. Je me sens vieux. Je n'aime pas quand on me traite de jeune.) Les cabrits mangent tout ce qu'ils trouvent lorsqu'ils ont faim. Ils peuvent se nourrir même de carton." Je n'ai pas répondu, sinon pas de façon audible. Un pays qui n'arrive même pas à nourrir ses cabrits. La vache ! Des tirs. Silence autour de moi. Je me touche machinalement. Je ne suis pas touché, heureusement !