Chronique de la bonne gouvernance # 8: L’épineux problème d’urbanisme à Carrefour

Nous continuons de développer la notion de services publics dans ce présent numéro en abordant particulièrement l’épineux problème d’urbanisme auquel fait face la commune de Carrefour.



Dans le précédent numéro de la chronique de la bonne gouvernance, nous avons parlé de la toponymie comme l’un des services publics que la municipalité peut et doit offrir à ses citoyens. Nous continuons de développer la notion de services publics dans ce présent numéro en abordant particulièrement l’épineux problème d’urbanisme auquel fait face la commune de Carrefour.

Nous voudrions commencer par des considérations théoriques sur la notion d’urbanisme. Certains espaces sociaux, notamment dans les pays moins avancés, semblent être régis par le chaos. Mais l’observateur avisé arrive toujours à découvrir l’ordre latent au chaos apparent. La société haïtienne, étant considérée comme non développée, se prête bien à une telle observation. Pour les besoins de la chronique, nous focalisons notre propos sur la commune de Carrefour.

Merlin (2009) définit l’urbanisme comme « un champ d’action, pluridisciplinaire par essence, qui vise à créer dans le temps une disposition ordonnée de l’espace en recherchant harmonie, bien-être et économie. » (2). En analysant cette définition, nous comprendrons que l’urbanisme renvoie d’abord à la notion d’ordre et, ici, il s’agit de l’ordre instauré par l’État central et l’administration communale. L’urbanisme est donc une tentative d’ordonner l’espace. En Haïti en général et à Carrefour particulièrement, il n’y a eu que très peu de tentatives d’urbanisme. En effet, les autorités centrales, municipales et locales, conscientes de leur manque d’encrage social, de légalité voire de légitimité dans le cas des agents municipaux intérimaires, n’ont jamais eu de réelles tentatives d’ordonner, d’organiser l’espace social, ce qui devrait être pourtant un objectif majeur du conseil municipal. Par ailleurs, l’objectif ultime de l’urbanisme est de favoriser l’harmonie entre les acteurs sociaux, le bien-être individuel et collectif aussi bien que le développement économique. Cette quête d’harmonie, de bien-être social et économique semble être le dernier des soucis des autorités locales et municipales.

Certains avancent que les municipalités n’ont pas les ressources financières nécessaires pour s’adonner à une telle entreprise. À ceux-là, nous répondrons que selon la constitution de 1987, la collectivité territoriale dite commune jouit de l’autonomie administrative et financière (1). Bien que reconnaissant les maigres ressources allouées aux municipalités par le pouvoir central, nous avançons que les autorités municipales doivent innover pour trouver les ressources nécessaires au développement de la commune. Le manque de ressources ne peut donc être un motif valable pour ne pas fournir aux citoyens les services d’urbanisme auxquels ils ont droit. De plus, nous devons bien nous rappeler que l’on ne devient pas chef pour soi-même, pour assouvir sa soif de pouvoir ou satisfaire ses propres intérêts. Au contraire, le chef est le leader qui montre la voie aux autres, qui travaille pour le bien-être de ceux-là qui sont soumis à son autorité. Le chef doit être le dernier à abdiquer, si abdication il doit y avoir, dans sa quête de satisfaction des besoins de sa population.

L’urbanisme suppose donc une volonté politique réelle, une vision claire, des stratégies réalistes de la part des autorités et un changement de mentalité du côté des citoyens. Or, cette volonté politique ne s’est pas encore manifestée. Quand nous considérons que la commune de Carrefour est déjà bicentenaire, nous nous demandons si cette commune a jamais été administrée. Certains diront que nous exagérons. Pourtant, en observant la commune, c’est le chaos qui nous interpelle. Pas de zones résidentielles formelles, pas d’aires cultivables, pas de places publiques, pas d’espaces de loisirs publics. Bref, nous sommes bien loin d’une urbanisation formelle. Difficile donc de promouvoir le changement de mentalité indispensable à des initiatives d’urbanisme d’envergure, seules capables de modeler définitivement le visage de la commune dans le sens de la modernité et du développement. L’urbanisme n’est en définitive qu’une question de perspective et de l’attitude à accepter le changement. Or, dans une société informelle, le changement n’est jamais bien perçu. Tel semble être malheureusement le cas des autorités municipales.



Notes:
1. MERLIN, Pierre. (2009). Essai de définition de l’urbanisme. www.cairn.info, page 3-4, mise en ligne sur cairn.info le 26/02/2006. Page consultée le 20/05/2021
2. Article 66 de la Contitution haïtienne de 1987

Opinion
 2021-06-13 |

Mackendy Jeunay

Sociologue, Maître en études humanitaires

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