CP: L'ivresse littéraire

Douces déroutes ou l'écriture de désespoir


Aujourd'hui on part du principe qu'un bon roman doit être gorgé d'une quantité imposante de réel, suscité de l'émotion et traité bon nombre de thématiques de l'heure. Principe certes critiqué mais présentant beaucoup d'intérêt. Car grâce à cette grille de lecture, le lecteur sait où se positionner. Avec Yanick Lahens et son "douces déroutes", roman publié chez Sabine Wespieser en janvier 2018, le lecteur est certes face à un reflet d'une réalité qu'il connait bien mais encore il est aussi sous l'emprise de la plume enchanteresse d'une auteure qui maîtrise parfaitement - si on ne considère pas le refus de Yanick pour l'orthographe du créole haïtien - la langue dans laquelle elle écrit, le français en l'occurrence.

Un roman de 289 pages. Une littérature de bonne qualité. D'une écriture soignée, avec une volonté de trouver les meilleurs mots pouvant traduire avec originalité le fond de ses pensées, Yanick Lahens dans Douces Déroutes met ses lecteurs face au réel haïtien. Son roman est né d'un projet. Projet qui consiste à brosser le tableau de la justice haïtienne, de la politique du pays et à décrire la vie dans les rues de Port-au-Prince.

"Celui qui n'a pas de pouvoir n'existe pas. Et qui n'existe pas ne parle pas. S'il parle, on l'enverra se faire bouffer la langue par les vers"p109. Ses trois phrases sont presque suffisantes pour connaître l'intérêt de l'histoire racontée dans le roman. L'impunité. La corruption. Justice aux os mutilés. Crime et misère. L'histoire narrée est qu'un juge, nommé Raymond Berthier, retrouvé mort, assassiné. Une enquête est ouverte, mais, comme c'est courant en Haïti, n'aboutit jamais. Raymond Bertier, homme intègre et droit, qui se mélait d'une affaire sensible dont il ne fallait pas, inquiétait bon nombre d'hommes surclassés qui menaient des activités louches. Et comme tuer est devenu un métier bien rémunéré dans le pays "[...], oui, parce que je nourris femme, enfant, et maîtresse avec ça"p 156, ses hommes ont payé pour lui briser les côtes et l'envoyer six pieds sous terre. Depuis, la mort tourmente les pages. Beaucoup voulaient que le coupable paie son crime, mais cela ne risquait pas d'arriver. C'est pourquoi le beau-frère de l'assassiné, Pierre, s'empara du dossier et chercha à faire lumière.

Personne ne savait que l'assassin est une connaissance. Que celui qui a appuyé sur la gâchette leur a déjà parlé. Rien d'étonnant car ici tué est une profession _légale_ et même quand la justice voulait se mêler, le criminel s'en sort toujours ; "[L'assassin] a été arrêté et, deux semaines après, le patron l'a fait relâché."

S'apparentant à un roman policier, le Douces Déroutes de Yanick Lahens fait réfléchir à la situation critique du pays. Rien ne va. Tout est mal. La sécurité. La justice encore plus. Cependant, il fait appel à une prise de conscience chez le peuple haïtien. À travers ce roman, Yanick Lahens touche du doigt les maux d'Haïti et désigne ceux qui nuient au développement du pays.

Littérature
 2022-05-23 | 2

Leon'art Charles

Je suis un passionné de lecture et d'écriture

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Nelsonne Etienne

Bon texte bro

Le 23/05/2022 à 01:57:22

Gregphile

Bon travail et merci pour ce bon papier????

Le 23/05/2022 à 01:47:10