En Plaine, ça empire!

Le temps nous échappe tous, nos sommeils sont tourmentés, bouleversés par le feu de la terreur, on poursuit un rêve qui s’évade dans le néant, la peur interroge nos malheurs, la prudence n’est qu’une farce, on a aucun endroit d’être rassuré même dans les plus profonds des secrets. La plaine. Une plaine désertée. Sans y penser, l’aventure est éclipsée. D’un coup la zone, scellée d’un sceau ensorcelé, est devenue une zone de non droit.

Durant ce dernier mois, ça prend une tournure tout à fait particulière. Depuis des années, si on peut bien remonter dans le temps, les problèmes de l’insécurité étaient toujours présents au niveau de la Croix-des-bouquets, il y avait toujours des situations de paniques d’ici et là mais sans jamais arriver à un tel degré. Tenant compte de la crise socio-politique dont fait face le pays et avec la montée du kidnapping les situations sont devenues de plus en plus chaotiques, la population est terrorisée, stressée, épouvantée de la simultanéité des tirs sporadiques opposant les bandes rivales qui s’affrontent.

On ne sait toujours pas jusqu’où les desseins de ces puissants gangs armés s’arrêteront. Maintenant, c’est le tour de Bon-repos, Lizon, Marin, Shada, Santo, Croix-des-missions, Butte-Boyer, pour n’en citer que ces zones, parce que les autres zones avoisinantes ne s’esquivent pas du lot. Toutes ces zones se trouvent dans la Plaine-du-cul-de-sac. Apparemment, jusqu’à cette invasion ces localités étaient graciées des affrontements des gangs, mais ce n’était qu’une question de temps.

Le Dimanche 24 Avril 2022 le signal a été donné. Une nouvelle ère qui s’annonce dans la plus grande des tumultes, des terreurs, et des souffrances ; c’est l’envahissement de la bande dénommée 400 Mawozo qui fait son apparition magistrale au sein de ces quartiers. Ils tuent, ils brulent, ils passent à la trappe tout ce qui se trouve sur leurs chemins, dans le désir de s’y installer afin de contrôler ces territoires, qui étaient déjà sous la domination d’une autre bande armée dénommée eux-mêmes ‘’ Chien Méchant ‘’. Sans anticiper, on sait déjà à quoi s’attendre : ces deux bandes s’opposent dans la plus grande des criminalités.

Delà, la population a été pris au piège, ces derniers ont causé de nombreuses victimes ; des personnes ont été tuées, brulées, disparues, des maisons ont été brulées, confisquées et d’autres biens ont été incendiés. L’horreur se fait voir dans tous les quartiers environnants. Une tristesse atroce, les gens vivent dans une profonde inquiétude. La peur est indéniable. La population est heurtée par les souffrances et les crimes.

Les résidents de ces quartiers ont été aux abois, dans l’insécurité même à l’intérieur de leurs maisons, des détonations à répétitions sans trêve ni repos. Les gens sont obligés de laisser leurs maisons pour aller prendre refuge ailleurs : soit dans les provinces, soit sur la place publique de Clercine ou encore dans d’autres zones où la situation a l’air moins dangereuse et d’autres qui ont laissés leurs maisons sans la moindre destination dans le seul but d’échapper à la colère des gangs.

Une Plaine à la merci des bandes armées. Chaque jour qui passe, on ne cesse de prendre des risques. Ces bandes sont incontournables, toutes les zones vivotent sous le rythme de leur pitié ; ils donnent le passage quand ils veulent, ils bloquent quand ils veulent. Une circulation paralysée, on ne sait quand ils vont s’interposer que ce soit au niveau : de la Croix-des-bouquets, de Carrefour Marassa, Carrefour Drouillard et Carrefour Vincent. Au niveau de Canaan 2, une nouvelle bande fait son entrée en lice en s’interposant à la Police. De sérieuses pertes en vies humaines et de biens matérielles sont déjà enregistrées, ce qui entrave la circulation au niveau de cette zone ; les chauffeurs sont obligés de découper par d’autres chemins. Déjà, la population dénomme ce raccourci ‘’Wout nèf pa raje ’’.

Ils commettent leurs infractions sans trouver le moindre obstacle (des fusillades en plein jour, des kidnappings spectaculaires, des viols, des vols, des braquages indiscontinus). Leurs mots s’appliquent à la lettre, quand ils disent quelques choses, cela se matérialise sans trouver la moindre résistance, sans la moindre disposition des forces concernées afin de les en empêcher. Ils foncent, ils poursuivent tout droit avec leurs objectifs en terrorisant la population. Nos semblables qui nous passent au crible de leurs kalachs, nos frères qui rendent leurs derniers souffles dans les rues et d’autres dont leurs âmes sont emportées par la flamme. Une constatation délirante, d’une rigueur impitoyable, qui nous tue. Une appréhension solitaire qui nous habite, on est épouvanté même par la perception de nos propres ombres.

Une année scolaire catastrophique ; nombreux sont des écoles, des centres professionnels et des universités qui ferment leurs portes en raison de cette insécurité chronique et grandissante. Les établissements qui tiennent encore le coup fonctionnent au ralenti dès que cela parait plus ou moins calme avec toutes les précautions qu’il faut afin d’éviter de prendre trop de risques pour ne pas exposer leurs vies au gré de ses sans foi ni loi.

L’économie baisse onsidérablement, les marchés publics fonctionnent timidement, les entreprises, les banques, les hôpitaux ne fonctionnent presque pas, leurs portes sont à demies ouvertes en raisons de toutes éventuelles attaques de la part des bandes armées, et se ferment plus tôt qu’à l’ordinaire, parce qu’on ne sait pas quand et comment ces malfrats sortiront leurs griffes de leurs cages.

Unanimement on constate que la situation devient de plus en plus pesante. On est tous des potentielles victimes. Cette peur, une peur qui tue l’âme, l’esprit en a assez, mais le corps risque encore et encore pour parvenir à ses besoins. On doit trouver une solution - une solution haïtienne. On est un seul et même peuple de ce fait on peut s’entendre ; on peut toujours faire un compromis au profit de nous tous. Comment parviendrons-nous à contrecarrer ces malfrats ambassadeurs de la liberticide qui ne pensent qu’à eux-mêmes et qui ne suivent que les dictées de leurs puissants protecteurs qui demeurent toujours dans l’anonymat ?

Cette insécurité nous assaille tant, on doit donc forger nos forces pour l’affronter dans une opération de la plus grande envergure possible. On sait que la sécurité repose sur le dos de la justice et de la police ; elles doivent avoir le champ libre de jouer leurs rôles convenablement et d’exécuter leurs travails sans la moindre contrainte. Le gouvernement de sa part doit renforcer la justice, la police nationale et même l’armée, mettre à leurs dispositions tous les matériels nécessaires pour faire face à ses puissantes bandes armées. Toutes les conditions doivent être réunies ; chaque citoyen doit jouer son rôle, la population doit participer dans la conquête de sa sécurité et de sa survie. La confiance entre les autorités et la population doit être de mise. Après avoir acquis ce sentiment de sécurité, il y aura tant d’autres mesures à prendre en compte pour la maintenir : des politiques publiques de sécurité, la prise en charge de la délinquance juvénile et tant d’autres mesures encore.

C’est évident qu’on fait une traversée difficile, la situation s’empire graduellement, et on doit la stopper, c’est un droit qu’on a de vivre en toute liberté, on ne doit pas nous laisser prendre ce privilège. Luttons pour la liberté. Luttons pour la paix. Luttons tous pour notre bien-être !


* Schinaider CELLARD
*Texte vice-gagnant du concours "En plaine, ça empire" organisé par VOGHAITI et Emmanuel Pacorme.

Société
 2022-07-28 | 1

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Johanne Lafleur

Tu as tout dit.

Le 03/08/2022 à 16:59:02