Insécurité: à quand le point final?

Nous ne saurions répondre à cette question jusqu’à ce que nous saisissions le sens du mot nécessité.


Cela fait déjà six mois que les citoyens fréquentant la route nationale numéro 2 sont abandonnés au pouvoir des groupes armés qui contrôlent l’entrée sud de Port-au-Prince. Tout a commencé le 01 juin 2021, quand les combats ont éclaté entre les groupes armés rivaux de la troisième circonscription de Port-au-Prince. Six jours après, la Direction de la Protection Civile (DPC) avait annoncé que plus de 500 personnes ont pris la fuite pour échapper aux balles de ces individus armés. Ces déplacés internes, on les retrouvait sur la place publique de Fontamara avant d’être relocalisés, pour certains, au Centre sportif de Carrefour, avec l’hypothétique espoir de pouvoir rentrer chez eux une fois ce problème résolu.

Dommage, au lieu d’être résolu, le problème de la violence armée à Martissant s’est empiré. Si au lendemain du 01 juin 2021 quelques riverains rêvaient encore pouvoir y mener leurs activités, force est de constater que Martissant est devenue la “vallée de l’ombre de la mort” pour reprendre une expression biblique. En effet, la mort guette chaque impasse, chaque corridor, chaque ruelle et chaque rue à Martissant. Les quartiers sont vidés de leurs foules bruyantes, les trottoirs n’accueillent plus les petits détaillants du commerce informel, les écoles ont dû fermer leurs portes, les entrepreneurs ont dû tout abandonner laissant derrière eux dettes, investissement et épargnes, le klaxon des véhicules ne s’y fait plus entendre, les piétons y sont rares, même l’Etat n’est plus présent à Martissant.

Ah, l’État! Cette entité juridique qui est censée protéger ses citoyens a lui aussi abandoné Martissant aux assauts répétés des groupes armés. Nous en voulons pour preuve la fermeture du sous-commissariat de Martissant, les canaux qui ne sont plus curés, les ordures qui ne sont plus collectées, et la route qui est excessivement abîmée. Mais, ne dit-on pas que l’État est tout-puissant? Ne dit-on pas que seul l’État détient le monopole de la violence légitime? Ne dit-on pas que l’État est garant de l’ordre public? Ne dit-on pas que l’État doit garantir la circulation des êtres et des biens? Nous pourrions encore nous poser mille et une questions sur l’État ayitien et elles resteront toutes sans réponse sinon que de conclure que nous sommes en présence d’un État bandit.

Entre temps, des invidus continuent à traverser la vallée de l’ombre de la mort. Et, à chaque jour, son lot de victimes: tel père de famille qui est criblé de balles, telle jeune femme qui est violée, tel camion transportant des marchandises qui est détourné. Mais pourquoi les gens ne restent-ils pas chez eux s’interrogent certains? Pourquoi continuent-ils à emprunter la route de Martissant? Nous ne saurions répondre à cette question jusqu’à ce que nous saisissions le sens du mot nécessité. En fait, ces individus qui ne cessent de risquer leur vie à Martissant ne sont pas fous mais contraints par la nécessité. Il y a des personnes pour qui se rendre à Port-au-Prince est aussi nécessaire que l’oxygène que nous respirons tous. Ces personnes ne peuvent ne pas y passer. Croire le contraire reviendrait à penser qu’Ayiti est une république déconcentrée et décentralisée et qu’à Carrefour aussi bien que dans le grand sud les citoyens disposent de tout ce dont ils ont besoin.

Tout compte fait, nous aimerions tous pouvoir reprendre nos activités sans avoir à penser au danger du kidnapping, du viol, des blessures par balles ou de la mort en quittant nos maisons. Nous aimerions tous que l’Etat puisse nous garantir la libre circulation partout sur le territoire national. Nous aimerions tous atteindre le point final de l’insécurité politico-économique qui nous est imposée. Malheureusement, ce que nous vivons ressemble davantage à un point…aller à la ligne.

Opinion
 2021-12-07 | 2

Citoyen Ken

Sociologue, Maître en études humanitaires

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Ruth

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Le 08/12/2021 à 02:21:05

Mejustin patrick

Nou dwe fè sa yo rele dezobeyisans sivil,epi pote yon plent entènasyonal pou leta dechè toksik sa,kòmanse mache pran tout nèg ki nan leta fatra toksik sa yo epi elimine yo yonn aprè lòt pou nou ka genyen yon klas tout nèf jènn entèlektyèl ki pou pran pouvwa a

Le 07/12/2021 à 14:43:34