Jean D'Amérique coud le soleil à Port-au-Prince


"Soleil à coudre" est son premier roman. Paru chez actes sud en 2021, ce roman de 135 pages s'ajoute à la bibliographie de Jean D'Amérique. Avec six livres à son compte, l'auteur investit toujours les mêmes thèmes : Destin tout tracé. Rêve écartelé. Vie mitigée. Enfance souillée et maltraitée. Sa plume depuis Petite Fleur du Ghetto, son premier recueil de poèmes, saigne autour de ces thèmes éreintés qui nourrissent la peur, la vengeance et le cauchemar trépidés chez les habitants de Port-au-Prince. Avec Soleil à coudre, le jeune poète haïtien fait défiler à chaque page une série d'images rouillées sur cette société pourrie par l'insalubrité et l'insécurité, sur cet État infecté par la corruption et la soif du pouvoir, sur la vie déglinguée qui arpente les corridors des bidonvilles à Port-au-Prince, et sur le sang qui suit quotidiennement le chemin de la mer par les rigoles des bas-quartiers.

Nous sommes seuls dans la grande nuit

Nous sommes à Cité de Dieu, un quartier populaire de Port-au-Prince, la capitale d'Haïti, "cette capitale qui se décharge sur les tapis de l'espoir." Nous sommes guidés par Tête Fêlée, le personnage principal de ce roman. Tête Fêlée nous conduit à travers les méandres de "cette ville de ciel blessé, qui porte le jour sous les semelles et la nuit sur les bras, ville de tout les déchirements, cobaye d'une douleur infernale, failles sur chemins frêles, décombres sous les pas." Ici, la violence étouffe la vie. Tête Fêlée, jeune fille de douze ans, se trouve bercée par un monde sanglant depuis sa naissance. "D'après la légende de la bouche qui donne et de l'oreille qui reçoit," son père s'est mis une balle dans la tête pour accueillir son premier cri. Jeune fille de douze ans qui vit avec sa mère, Fleur d'Orange, protitutiée patentée, et son beau-père, Papa, malfrat notoire de la ville. Entre ses assauts répétés de la souffrance, Tête Fêlée tente de trouver une issue, un moyen à elle pour briser le destin de la fille perdue, impossible de sortir de la crasse. Elle essaie de coudre son soleil avec un stylo et du papier. Écrire une lettre à son amoureuse l'empêche de ne pas être seule dans la grande nuit. Mais va-t-elle réussir ? Peut-elle enfin vivre son amour avec sa lune bien-aimée, Silence ? Le père de Silence, qui est aussi le professeur de Tête Fêle, a violé cette dernière dans le bureau de la direction de l'établissement scolaire. Et elle, Tête Félée, fille de bas-quartier, allégorie des mille et une peines du ghetto, se venge de son professeur en l'assassinant de deux balles devant sa maison.

"Tu seras seule dans la grande nuit." Cette phrase cogne à toutes les cellules de sa tête. Papier froissé, l'encre qui trébuche, les mots qui s'absentent et phrases hésitantes. Tête Fêlée n'arrive toujours pas à pondre la lettre de sa lune. D'un côté le soleil s'éteint et, de l'autre, elle est désormais seule dans la nuit. Sa mère trucidée deux de balles dans la tête, balles tirées par Papa. Et ce dernier assassiné sous les yeux de sa belle fille, Tête Fêlée. Elle est seule, seule avec une lettre de Silence dans les mains.

Jean D'Amérique s'attaque une fois de plus à la réalité des bidonvilles haïtiens. Poésie pour crayon, il dessine un pays déchiqueté, saccadé et prêt à être abandonné par ses fils. Soleil à coudre est une violente réflexion autour de la situation socio-politique du pays. Ce livre est un miroir où défile les images d'une ville enclavée par la criminalité et la stupidité.

Léon'art Charles

Littérature
 2021-09-10 | 1

Leon'art Charles

Je suis un passionné de lecture et d'écriture

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serge

Bravo Freo

Le 11/09/2021 à 03:14:24