Lettre à monsieur Daniel Foote Envoyé Spécial du gouvernement Des Etats-Unis d’Amérique en Haïti.

Monsieur l’envoyé spécial,

Votre démission surprenante risque de marquer un tournant décisif dans la crise structurelle haïtienne vieille de plusieurs décennies. En effet, l’entêtement des puissances colonialistes à placer leurs marionnettes au plus haut sommet de l’Etat a souvent eu raison de la volonté exprimée par les citoyens haïtiens dans les urnes. Les élections post-séisme du 12 janvier 2010 en constituent la preuve tangible. Le Core Group avait un candidat. Ce dernier remporta au second tour l’élection présidentielle faisant fi des protestations de la grande majorité des haïtiens.

Depuis, le pays a connu la plus grande banqueroute de son histoire. Les institutions déjà exsangues, ont sombré dans l’abîme de l’ignominie. Aujourd’hui, les bandits légaux opèrent en toute impunité sous le regard complice de la communauté internationale emmenée par les États-Unis d’Amérique. Il semble que la pauvre Ayiti continue de payer la geste de 1804.

Monsieur l’envoyé Spécial, votre lettre pleine de lumière, éclaire les zones d’ombre de la politique des pays dits-amis d’Haïti visant à créer le chaos dans une société meurtrie tant par les intempéries que par une misère entretenue. Elle marque aussi une forme de rupture d’avec l’hypocrisie de l’occident. Votre empathie à l’égard des haïtiens représente une goutte d’eau dans un océan d’indifférence séculaire. Ce ne sont pas l’affaire Luders ni l’occupation américaine 1915-1934 et ses nombreuses stigmates qui y apporteront un quelconque démenti.

Les États-Unis d’Amérique, les champions de la lutte contre la corruption et les régimes dictatoriaux, et contre les régimes antidémocratiques, hébergent la plupart des dilapidateurs de fonds publics haïtiens au grand dam du Peuple foulant le béton pendant de longs mois pour réclamer vainement justice. La justice élève une nation, dit-on. Ayiti, a cause de 1804, n’en est pas une. Sinon, le soutien inconditionnel de l’oncle Sam aurait permis la tenue du procès Petrocaribe. L’impunité pousse nos frères et sœurs à fuir leur Ayiti chérie. Cela peut changer. Cela doit changer. Cela va changer.

Pour finir, monsieur l’ambassadeur, votre lettre réaffirme que l’humanité est une et que, comme diraient les Italiens: siamo tutti fratelli. La terre appartient à tous. De tout temps, les hommes fuient la misère et l’insécurité en quête de mieux-être. La violence aveugle, la gabegie administrative, l’impunité fomentées par la communauté internationale et leurs marionnettes en Ayiti, auront des répercussions dans toute la région. La seule issue passe par la stabilité politique et l’émergence, en Ayiti, d’une nouvelle classe d’hommes et de femmes dans la gestion de la chose publique. Les vautours actuels doivent être mis à l’écart dans l’intérêt de la collectivité.

Votre démission, ce cri du cœur, rappelle à la fois que l’être humain est doté d’une conscience, et, aussi, s’apparente aux discours de Gettysburg et de Selma. Le président Abraham Lincoln et le docteur Martin Luther King, par-delà la tombe, seraient fiers de vous.

Pour avoir abandonné le radeau de la Méduse, dénonçant le chaos orchestré par l’oncle Sam et ses alliés, moi, arrière, arrière petit-fils de Jean Jacques DESSALINES Le Grand, je vous prie, d’agréer, monsieur l’envoyé Spécial, l’expression de ma gratitude.


23 septembre 2021




Opinion
 2021-09-23 |

Franck S. Vanéus

Avocat et Philosophe...

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