Lettre ouverte de l’organisation Action Communautaire de Transformation et d’Intégration Formelle aux citoyennes et aux citoyens d’Ayiti

Port-au-Prince, le 17 Mai 2021



Objet : Un peu d’amour pour le drapeau national


Chers/Chères concitoyens, concitoyennes,
Ce 18 Mai 2021 marque le 218ème anniversaire de la création du drapeau national. Et, comme souvent depuis tantôt trois décennies, le bicolore national est célébré dans l’hypocrisie ou l’indifférence totale par la majorité de nos concitoyens oubliant que ce drapeau nous a été légué par les aïeux au prix de sacrifices que nous connaissons tous. En effet, ce drapeau a été créé quelques mois avant la Bataille de Vertières du 18 Novembre 1803 qui a scellé définitivement la victoire de l’Armée Indigène sur les troupes de l’Armée Française. Dans ce que l’Histoire retiendra comme le Congrès de l’Arcahaie, le Général Jean Jacques Dessalines, alors commandant de l’Armée indigène, décida de créer le bicolore national comme symbole de liberté pour tous, de jouissance des droits humains, de développement et de démocratie. Par cet acte, Jean Jacques Dessalines a rendu leur dignité humaine à tous ceux qui ont été opprimés pendant des siècles : anciens esclaves, affranchis et nouveaux libres. Ce drapeau est donc symbolique de notre volonté de peuple de ne plus être soumis à des puissances étrangères ni à aucune autorité esclavagiste, tyrannique, dictatoriale, néo esclavagiste ou antidémocratique.

Toutefois, aujourd’hui, nous devons-nous poser cette question : que nous reste-t-il du symbolisme et de l’amour du drapeau national ?
En effet, deux-cent dix-huit ans après la création du drapeau national, notre Ayiti Toma Chérie est passée sous la domination de puissances étrangères, foulant ainsi aux pieds le sang et les sacrifices inestimables de nos aïeux pour nous léguer ce bicolore et ce pays au prix de leur vie. Deux cent dix-huit ans après la création du drapeau national, l’union des forces vives de la nation, et donc des intérêts collectifs, a fait place aux divisions fratricides et aux intérêts individualistes empêchant le pays de se mettre sur la voie du progrès. Deux cent dix-huit ans après la création du drapeau national, nos dirigeants sont encore incapables de nous garantir la jouissance effective des droits humains tels que le stipulent les articles 19 et 22 de la constitution haïtienne en vigueur.

Deux cent dix-huit ans après la création du drapeau national, notre Ayiti Toma Chérie est gangrenée par la corruption et marquée par des inégalités sociales criantes poussant les jeunes, pourtant considérés comme l’avenir du pays, à fuir Ayiti par tous les moyens possibles, légaux ou illégaux. Deux cents dix-huit ans après la création du drapeau national, les écolières et les écoliers, les femmes et les hommes, les jeunes et les vieux, les noirs et les mulâtres, les riches et les pauvres ne chantent plus fièrement La Dessalinienne, adopté comme hymne national en 1904, dont le texte nous a été légué par Justin Lhérisson et la mélodie par Nicolas Geffrard. Deux cent dix-huit ans après la création du drapeau national, nos corps ne frissonnent plus en entonnant La Dessalinienne, nos cœurs ne s’émeuvent plus en chantant La Dessalinienne et nos yeux ne versent plus de larmes en nous souvenant de l’exploit inédit des aïeux. Deux cent dix-huit ans après la création du drapeau national, notre attitude et notre comportement pendant la montée du drapeau témoignent notre dégout, notre répugnance voire notre désamour pour cet objet dont le symbolisme ne tient plus à rien en raison de nos actes indignes des exploits des aïeux pendant que l’article 52.1 de la constitution haïtienne érige le respect de l’emblème national parmi les premiers devoirs du citoyen.

Chers/ères compatriotes, j’ose vous dire que l’heure est venue pour témoigner un peu plus d’amour à notre drapeau. Chers/ères compatriotes, l’heure est venue pour que collectivement, nous, citoyennes et citoyens ayitiens, fassent entendre haut et fort aux porteurs d’obligation que nous n’accepterons plus que le drapeau national soit à ce point désacralisé, souillé, profané dans la quête de satisfaction d’intérêts individualistes. Chers/ères compatriotes, l’heure est venue pour serrer les rangs autour du drapeau national qui est le symbole de l’union tant nécessaire entre toutes les couches de la société en vue du développement de notre Ayiti Toma Chérie. Chers/ères compatriotes, l’heure est venue pour que le drapeau national soit célébré de façon splendide et avec ferveur tous les 18 Mai.

Chers/ères compatriotes, l’heure est venue de célébrer à nouveau le 18 Mai avec les petits bicolores dans toutes nos salles de classe, dans nos églises, dans nos péristyles, dans nos voitures, dans nos maisons, dans nos tentes, dans nos rues, à la campagne comme dans les villes, au son des fanfares, sous les parades inoubliables mettant face à face les institutions scolaires dans ce qui restera dans notre mémoire comme les Corps d’honneur, sous la clameur des foules, sous les acclamations des parents fiers de voir leurs enfants défiler dans les rues pour célébrer le bicolore national, symbole de résistance contre l’oppression et la violation des Droits Humains sous toutes ses variantes, passées et actuelles.
Chères concitoyennes, chers concitoyens, ACTIF vous invite à agir collectivement pour rendre ce changement possible.


Opinion
 2021-05-18 |

Mackendy Jeunay

Sociologue, Maître en études humanitaires

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