Réveil brutal

Le bout du tunnel est bien loin pour les haïtiens car les gens de sang royal ne s’associent pas aux roturiers quand il faut s’accrocher à leurs privilèges féodaux.



Depuis la chute des Duvalier, le pays marche à reculons. L’exode massif des forces vives de la nation s’est amplifié au gré des coups d’état sanglants, des massacres contre les populations dans les bidonvilles faisant don de leurs vies en supportant leurs dirigeants populistes, et ce, souvent, au détriment des intérêts sociétaux. La décennie du parti Tèt Kale dans la conduite de la chose publique a creusé davantage le gouffre sans fond entre les différentes couches de la société. Dans ce grand processus de délitement intégral de la société haïtienne, le refus de savoir a engendré l’avènement d’un ordre nouveau, orchestré par une meute de politiciens de tous poils. Et, l’ignorance, faite vertu, a été portée aux nues dans la gestion de la res publica au pays de l’illustre Anténor Firmin. Conséquemment, les classes moyennes, véritable pierre angulaire, de toute communauté humaine, ont été phagocytées. Désormais, il existe deux strates au sein de la société haïtienne: ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien. La lutte pour la survie, dans ces conditions, met aux prises des forces antagoniques au destin diamétralement opposé.

Les dizaines de milliers d’haïtiens entassés sous un pont dans l’état du Texas, aux Etats-Unis d’Amérique, en quête de n’importe quoi sauf mourir dans leur pays, constituent un exemple parmi tant d’autres de la gouvernance inqualifiable du régime phtkiste. Notre douloureux passé colonial, deshumanisant, vient encore nous hanter. Que dire de cette image sortie tout droit d’un western ou l’on voit un cow-boy sur son cheval lancé une corde pour capturer un pauvre immigrant illégal haïtien affolé, tentant de s’enfuir? Les fils de … n’en ont cure. Il doit exister de la gradation dans la bêtise aussi.

La machine de la transition embourbée dans les querelles de chapelle, finira, peut-être, par mener vers les prochaines élections. En tout cas, les coups bas sur les réseaux sociaux, laissent augurer du pire. Sans doute, parc ce que les enjeux sont connus de tous: procès, procès et procès. Ainsi, Jovenel Moïse, Monferrier Dorval, Grégory Saint-Hilaire et tous ceux tombés bêtement, lâchement sous le régime de la terreur phtkiste, constitueront autant d’embûches pour les nouveaux élus. La gabegie administrative du régime phtkiste fera aussi partie du menu judiciaire. Qu’on le veuille ou non!

Le bout du tunnel est bien loin pour les haïtiens car les gens de sang royal ne s’associent pas aux roturiers quand il faut s’accrocher à leurs privilèges féodaux. Les discours creux, haineux, vides de sens témoignent de la profondeur du mensonge qui hante leur existence faite exclusivement du pillage et de la dilapidation des fonds publics dont ils avaient la gestion et, surtout, de leur incapacité à se défendre dans la dignité. Quand un père de famille opte consciemment pour la mise à mort de dizaines de milliers de ses compatriotes dans le souci de gagner quelques sous, peut-il encore conserver sa dignité humaine ?

Ils sont si petits dans leur grandeur. Pourtant, quand le peuple en colère voudra tout détruire sur son passage, ceux-là mêmes qui évoquaient la supériorité du sang, de la richesse et du clan, convieront la fraternité et la solidarité à leur table. Ah! Leurs laideurs s’étaleront au grand jour. Personne n’est dupe. La société, du moins ce qu’il en reste d’humanité, n’a que faire de la bêtise et de leur couardise. Les petits poltrons efféminés, hébétés resteront tout tremblants, la queue entre les jambes. Le temps de rendre des comptes viendra tout ou tard. La prolifération des gangs semant le deuil dans les foyers n’y changera rien. Toute chose a une fin. Même le mal. Les alliances avec les puissants aussi, finissent par s’effriter et être sacrifiées sur l’autel des grands intérêts. En témoigne la crise des sous-marins en Australie.

Le temps d’affronter, seuls, leurs responsabilités viendra sous peu. Et ce jour-là… la vie sur cette terre d’Ayiti renaitra. Le peuple a donné, le peuple peut reprendre. Il reprendra tout. Certainement.


CP: CHANDAN KHANNA / AFP

Opinion
 2021-09-21 | 1

Franck S. Vanéus

Avocat et Philosophe...

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Ashley Laraque

Bonne facture

Le 21/09/2021 à 10:36:55