Vanessa Jeudi se confie à coeur ouvert à Kafounews

Jeune voix engagée de la musique haïtienne et munie d'une belle discographie jusque-là, la très talentueuse Vanessa Jeudi sait comment marquer les esprits par la magie des mots et des émotions. On capte à travers sa musique remplie d'âme un retentissement de cris de lutte, de révolte. Membre du groupe musical dénommé « Règleman Afè Popilè », Vanessa a lancé sa carrière solo il y a trois ans, après plusieurs collaborations. Artiste versatile, elle chante aussi bien la musique soul, le jazz que la musique racine. Outre la musique, elle a aussi connu un succès avec "Dekò" qu'elle a écrit mais mis en scène par Gaëlle Bien-aimé. Vava, pour les plus intimes, s'est confiée à coeur joie dans un entretien accordé à notre rédaction.

Comment décrivez-vous la relation entre la musique et vous ?

Je trouve généralement peu de mots pouvant exprimer ma relation avec la musique. C’est comme une dialectique car autant la musique me construit autant je construis mon style de musique qui est l’expression de tout ce que je vis ou de tout ce qui illustre ma réalité. Elle est donc ma plus précieuse forme d’expression.

Qu'est-ce qui fait l'essence de votre musique ?

J’ai toujours un seul mot « Nanm ». Techniquement ma musique est encore en phase de construction mais ce qui la rend particulière c’est qu'elle est toujours l’expression de mon âme. C’est la raison pour laquelle je ne peux même pas interpréter une chanson qui ne me parle pas. Si la chanson ne me parle pas alors je ne pourrai l’utiliser pour parler aux autres.

Comment arrivez-vous à absorber toutes ces tendances musicales que vous chantez à savoir : le blues, le soul, le jazz, le gospel, le rap et surtout la racine ?

Ce n’est pas tout à fait une absorption. Lol. Ces genres musicaux se diffèrent par leurs couleurs ainsi que les techniques qu’ils requièrent mais ne sont pas si divergents qu’on a tendance à penser. Ce sont des catégories appelées « musiques noires » donc, ce sont des genres musicaux qui ont historiquement une même source . L’émergence de ces genres musicaux étant l’histoire même de mon peuple, je m’y sens attachée davantage que je ne le suis avec la musique classique ou le country par exemple. C'est donc, pour moi, le même arbre qui a juste plusieurs branches et c'est pourquoi il ne m’est pas difficile d’en prendre chacune.

Cela fait trois ans que vous avez officiellement lancé votre carrière, comment vivez-vous cette expérience solo depuis ?

Bon, à vrai dire je ne me plains pas trop. L’expérience m’aide à grandir jusque-là, mais on ne peut pas dire que cela soit une très grande expérience non plus puisque depuis un moment tout va au ralenti. Je dirais que je me plais bien dans ma carrière jusqu’à présent mais ça me démange aussi un peu de ne pas faire tout ce dont j’ai envie. J’aurais aimé faire plus et beaucoup mieux, mais je sais que ce jour n’est pas loin. Je le sens venir...

Quand vous n'êtes pas plongée dans votre univers artistique (ou à vous occuper des études), que faites vous de votre temps libre?

Loll. Je m’amuse avec mes amis.es ou alors je fais un peu de lecture. Mais généralement, j'assiste à des réunions pour ranimer ma vie associative. En fait, j’ai peu de temps libre, loll.

Comment vos collaborations ont contribué à polir votre musique ?

Bon, la plupart des collaborations que j’ai c’est avec des artistes que je connaissais bien avant de lancer ma carrière solo. Mais cela m’a surtout permis de grandir, d’acquérir plus d’expériences et de peaufiner mon travail solo. C’est une très bonne chose pour moi de pouvoir collaborer avec ces gens super (je sen toujours qu’ils) qui m’inspirent encore. La génération invincible, Bosal Mizik, Règleman Afè Popilè, 35 Zile et tant d’autres, je ne pouvais pas rêver mieux.

Étant donné que vous êtes artiste et collaboratrice dans plusieurs initiatives intéressantes comme Bosal Mizik et Diskòb, comment appréhendez-vous le concept "Droit d'auteur" en Haïti ?

En effet, je suis à la fois artiste et directrice artistique chez Diskòb. La notion de Droit d’auteur désigne l’ensemble de droits dont dispose un auteur ou artiste sur ses propres œuvres, et cette notion se fait de plus en plus exploitée et connue à travers le monde. Ici en Haiti, bien que le BHDA ait été créé depuis 2005, la notion de Droit d’auteur n’est pas encore totalement maîtrisée ni même trop connue en Haiti. Les artistes ne peuvent pleinement vivre de leurs œuvres et ces dernières sont constamment recopiées, d’où la création de Diskòb qui est une plateforme se donnant pour mission première de régulariser cette question en Haïti. Je pense qu’avec l’aide de ces deux institutions nous pouvons espérer une amélioration dans la rentabilité de la musique en Haïti. Aujourd’hui encore, des artistes meurent de maladies provoquées par la misère ou alors certains artistes doivent recevoir des dons qui proviennent de levée de fonds afin de combattre une maladie, et c’est comme un cri d’alarme pour cette soi-disant industrie musicale.

Après "Dekò", qui a connu un grand succès auprès du public, avez-vous envisagé d'autre création de ce genre ?

Bien sûr ! J’ai plein de projets en tête, et cette année même je devais monter un autre spectacle et réaliser quelques projets musicaux, mais tout ne se passe pas toujours comme on le souhaite. Lol. Contrairement à beaucoup d’artistes qui sont très dynamiques en cette période, moi je sens ma créativité atrophiée, je pense à beaucoup de choses mais j’en fais peu. Toutefois je reste confiante, il y a des jours comme ça. Et je sais que demain ira mieux, le jour se lèvera d’un bon pied...

Quels sont vos nouveaux projets ?

Euh... à vrai dire, j’ai de nouveaux projets en cours mais depuis un moment les idées tardent à surgir. Je suis sur un album avec Règleman Afè Popilè, le groupe dont je suis la chanteuse, je suis sur des collaborations notamment avec Joël Akoustik et j’ai des projets solo sur lesquels je bosse aussi, un nouveau spectacle et des musiques.

Enfin, outre votre instinct de Femme, l'on peut sentir du Féminisme aussi dans votre musique, que diriez-vous de certaines femmes insinuant être non-féministes ?

Lol. C’est une question assez délicate. En effet, je suis féministe et j’espère bien que mes œuvres ainsi que mes positions et ma dynamique de vie l’illustrent assez bien. Je pense qu‘il leur faut, à ces femmes, du temps pour ressentir dans leur corps tout le poids de la réalité des catégories opprimées. Personne n’est féministe dès la naissance. Je pense donc, comme Hessel, qu’il faut à chacun une situation pouvant provoquer son indignation et alors, à ce moment on peut espérer un engagement. De plus, la question des femmes qui sont non féministes est une preuve que le système patriarcal, raciste et capitaliste a bien fait son travail. En attendant, on discute, on s’organise et on continue la lutte.

Culture
 2020-12-23 | 3

Duméus C Dalton

Le journalisme, ma passion !

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Travail bien fait pour le journaliste qui a fait l'interview. Good brother.

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